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Essai · Chaussons

La Sportiva Solution, mon retour après deux ans

septembre 2026

Deux ans, trois séances par semaine, deux ressemelages. La Solution est le chausson que je sors pour le bloc et pour tout ce qui déverse, et celui que je laisse au sac dès que ça redevient vertical. Voici ce que j'ai constaté, et ce qu'en disent les testeurs, séparément.

© Olivier Goffinet

Solution

La Sportiva

190 CHF prix public · autour de 146 CHF en promo (relevé du 01.09.2026)

Lacet rapide · Vibram XS Grip2 3,5 mm · cuir de veau suédé et microfibre · plateforme P3 · cambrure agressive · ≈ 510 g la paire

Points forts

  • Elles me vont comme un gant, et n'ont pas bougé en deux ans
  • Excellentes au talon en bloc, et dès que ça déverse
  • Je les recommande sans hésiter pour le talonnage et le crochetage
  • Très bien aussi sur les contre-pointes
  • Semelles et pointes se ressemellent sans problème, deux fois déjà

Réserves

  • En dalle, elles trouvent leur limite
  • Sur les petits gratons aussi
  • Impossible de tenir une séance de bloc entière avec aux pieds
  • Deux semaines de rodage difficiles, à trois séances par semaine
  • Les pointes s'usent vite : un ressemelage tous les six mois en saison bloc

Verdict

Je rachèterais sans hésiter, et je l'ai déjà fait : j'ai une paire neuve qui attend l'hiver. Elles me vont comme un gant et elles n'ont pas bougé en deux ans, ce qui n'est pas si courant. Je les recommande les yeux fermés pour le talonnage, le crochetage et les contre-pointes. Mais je ne les conseillerais à personne comme paire unique : en dalle et sur les petits gratons elles trouvent leur limite, et tu ne les garderas pas aux pieds plus de vingt minutes. C'est un chausson de bloc et de dévers, pas un chausson de journée.

Comment je les ai utilisées

Pointure 40, pour une pointure de ville en 41 — une seule taille en dessous, ce qui est peu pour ce modèle. Je les ai depuis deux ans, à raison de trois séances par semaine : deux de bloc en salle et une dehors.

Dehors, c'est du calcaire jurassien : la Jacoterie, Soyhières, la Plage. Mais la majorité du kilométrage est en salle de bloc, et ça compte pour la suite — c'est là que la gomme part.

Le rodage a été difficile pendant les deux premières semaines, à ce rythme-là. Ensuite, plus rien n'a bougé : deux ans après, elles chaussent exactement pareil, sans détente ni élargissement. Elles me vont comme un gant.

Le talon et le crochetage, ce pour quoi je les garde

C'est là qu'elles sont vraiment bonnes. En bloc, sur les talons, et dès que le mur commence à déverser, je n'ai rien à leur reprocher.

Si je devais les recommander pour trois choses, ce serait le talonnage, le crochetage et les contre-pointes. C'est ce qui me les fait garder malgré tout le reste.

La dalle et les gratons, leurs limites

Dès que ça se redresse, l'histoire change. Sur les passages de dalle, elles trouvent leur limitation. Sur les petits gratons aussi.

Ce n'est pas un défaut de fabrication, c'est un choix de conception : un chausson aussi cambré n'est pas fait pour poser à plat ni pour tenir longtemps sur trois millimètres de calcaire. Mais autant le savoir avant d'en faire sa paire unique.

Vingt minutes aux pieds, pas une de plus

Elles ne tiennent pas une séance de bloc complète, et je ne crois pas que ce soit possible. Aujourd'hui, après deux ans, j'arrive à les garder une vingtaine de minutes d'affilée.

Les six premiers mois, c'était déchaussage entre chaque essai. Ça s'améliore, donc, mais ça ne devient jamais confortable — et il faut intégrer ce rituel dans sa façon de grimper.

Les pointes s'usent, et c'est le vrai budget

Deux ressemelages en deux ans, soit environ tous les six mois sur les saisons d'hiver chargées en bloc en salle. Chez moi, ce sont clairement les pointes qui partent en premier.

Je les fais faire à l'Atelier du Chausson, à Vuadens : semelles et pointes, un très bon service, une livraison rapide et un coût raisonnable. C'est ce qui rend le modèle viable dans la durée — mais quand on calcule le prix d'une paire, il faut compter les ressemelages avec.

Ce qu'en disent les autres

Retours d'autres testeurs indépendants. Cela confirme l'essentiel de mon expérience, et le contredit sur deux points.

Ce qui concorde, d'abord. OutdoorGearLab place la Solution à 8/10 en terrain raide mais à 7/10 en carre comme en adhérence, ses notes les plus basses hors fissure, exactement les deux terrains où je la trouve limitée et note qu'elle n'est pas confortable sur la journée. Surtout, le test longue durée allemand de Kletterschuhtest et ses commentaires décrivent la même panne que la mienne : la pointe qui perce en premier, au bout de trois à quatre mois d'usage intensif en salle. Deux constats indépendants, la même usure.

Ce qui diverge, ensuite, et c'est plus intéressant. Le même test allemand rapporte un talon qui glisse sur les pieds étroits et une sangle d'Achille assez rigide pour provoquer des douleurs chroniques : je n'ai rencontré ni l'un ni l'autre, et c'est précisément le talon que je recommande. Mon pied, mon exemplaire, ça n'invalide pas leur constat, ça montre à quel point ce chausson dépend de la morphologie.

Deuxième écart, sur la taille : les sources conseillent une pointure et demie à deux sous la taille de ville, parfois davantage. J'ai pris une seule pointure en dessous et elles me vont parfaitement après deux ans. À prendre comme un contre-exemple, pas comme une règle : essaie-les.

Un mot enfin sur la durabilité, souvent qualifiée d'excellente par les tests anglophones. C'est vrai de la construction, pas de la gomme : la plateforme P3 encaisse plusieurs ressemelages, et c'est pour ça que la paire dure. Mes deux ressemelages en deux ans le disent mieux qu'une note.