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Comparatif · Chaussons

Tenaya Mastia contre La Sportiva Miura VS

septembre 2026

Deux chaussons à velcro pour le calcaire raide, et deux philosophies opposées : la Mastia mise sur le confort, le talon et la polyvalence, la Miura VS sur la précision brute sur réglettes. Comparatif nourri par les retours de grimpeurs et de testeurs indépendants.

Mastia vs Miura
© Olivier Goffinet

Mastia

Tenaya

≈ 165–180 CHF (179,95 €)

Velcro unique · Vibram XS Grip 3,5 mm · tige synthétique non doublée, végane · semelle mi-dure · talon 3D Friction Lock · ≈ 507 g la paire (40)

Points forts

  • Le meilleur talon de la marque, il ne s'affaisse pas en crochet appuyé
  • Confortable dès la première séance, rand large qui tient sans broyer
  • La forme la plus large du catalogue Tenaya : passe sur les pieds costauds
  • Gomme XS Grip en 3,5 mm : bon compromis, correcte en adhérence
  • 4,7/5 sur 37 avis clients Bergfreunde, 98 % de recommandations

Réserves

  • Un cran derrière la Miura sur du pur edging rigide
  • Tissu du talon qui se décolle après deux à trois mois chez plusieurs testeurs
  • Coque de talon large : du jeu si tu as la cheville fine
  • Un seul velcro, donc peu de réglage fin
  • Chaussant réputé imprévisible : essayage obligatoire
  • Trop souple pour porter un grimpeur lourd sur les petites prises

Miura VS

La Sportiva

≈ 190 CHF prix public · déstockée dès 105 CHF / 86 €

Trois velcros en opposition · Vibram XS Edge 4 mm · cuir doublé · semelle P3 rigide · ≈ 550 g la paire (40)

Points forts

  • La référence sur la carre : 9/10 chez OutdoorGearLab, 5/5 chez 99Boulders
  • La rigidité P3 fait le boulot à ta place, les orteils ne s'écrasent pas
  • Excellente en trous et sur le vertical technique, le programme du Jura
  • Le cuir se moule au pied et se ressemelle plusieurs fois
  • 4,7/5 sur 131 avis clients, 98 % de recommandations

Réserves

  • Faible en adhérence (5/10) : trop rigide pour écraser une dalle
  • Oublie la fissure (4/10) et le crochet de pointe
  • Rodage douloureux, et la fameuse « bosse Miura » sur le gros orteil
  • Velcros qui lâchent au pli vers six mois selon retour personnel
  • Couture au talon qui lâche également après ressemelage.
  • Chaussant large, pieds étroits s'abstenir.

Verdict

Match nul sur le papier, arbitrage selon ton pied et ton terrain. La Miura VS reste la meilleure des deux quand le rocher se résume à des réglettes et que la journée est courte : personne ne fait mieux sur la carre, et le cuir se ressemelle presque indéfiniment. La Mastia gagne à peu près partout ailleurs, talon, confort, adhérence, polyvalence, pour un cran de précision en moins. Pour le Jura et une saison complète, je prends la Mastia ; pour un projet vertical à gratons, je ressors la Miura.

Test en falaise sur le calcaire jurassien.

Reprise après une pause, donc pieds redevenus sensibles : c'est exactement le moment où un chausson agressif se juge sur autre chose que sa fiche technique. Séances au calcaire du Jura, dévers modéré, beaucoup de réglettes et de trous.

Après des mois à utiliser la Miura dans toutes les conditions sur du calcaire mais également sur le grès alsaciens ou sur le granit de Norvège, l'envie était présent de tester autre chose car dans certaines parties techniques en adérence, le chausson montrait ses limites avec la gomme qui patinait. C'est dans ces conditions que depuis quelques moi, je teste le Mastia et après ces premiers galots d'essaie, il semble que je sois conquis en effet par sa polyvalence et son adhérence qui fait merveille quand on arrive dans les pas de dalle qui représentent souvent le crux.

Ce qui les sépare vraiment

La différence n'est pas la performance brute mais l'endurance du grimpeur. La Mastia se laisse porter une matinée entière ; la Miura VS demande d'être déchaussée entre les essais, et rend cet inconfort en précision au moment du move.

Sur les réglettes : la Miura garde la couronne

C'est le terrain de jeu de la Miura VS depuis vingt ans et ça n'a pas bougé. La combinaison semelle P3 rigide et pointe asymétrique permet de charger tout son poids sur un centimètre de rocher sans que le chausson ne plie. OutdoorGearLab lui met 9/10 en carre et parle d'« arme secrète contre les toutes petites arêtes ». Chez 99Boulders, c'est 5/5 en carre et en précision, avec la formule qui va bien : la sensation d'un prolongement du corps.

La Mastia n'est pas larguée, loin de là. Après l'avoir poussée deux mois , on peut dire que je la trouve « presque aussi solide sur les petites prises», et je lui prête une précision de chirurgien grâce à son asymétrie prononcée. Mais elle est mi-dure là où la Miura est franchement dure. Sur une longueur de calcaire vertical où on enchaîne les pas sur gratons, c'est la Miura qui économise le mollet.

Les Italiens sont d'ailleurs plus sévères que les Anglo-Saxons sur ce point. Le testeur de Mountainreview décrit la Mastia comme « très souple, avec juste un peu de rigidité en pointe », et prévient qu'elle manque de soutien pour un grimpeur lourd sur les petites prises. Côté Miura, un test italien mené sur trois mois de granit et de calcaire à Bormio lui met 90/100 et retient exactement la même chose que les autres : précision, micro-appuis, sensibilité en retrait.

Adhérence et dalle : la Mastia repasse devant

Là, le classement s'inverse. La rigidité de la Miura, si précieuse sur la carre, devient un handicap dès qu'il faut écraser du pied : 5/10 seulement en adhérence chez OutdoorGearLab. Elle ne se déforme pas, donc elle ne colle pas.

La Mastia, avec sa XS Grip un peu plus tendre et sa semelle fendue sous la voûte, se plie et accroche. Sur du calcaire poli, ce demi-cran de souplesse se sent.

Le talon : l'argument massue de la Mastia, mais pas pour tout le monde

C'est là que les deux chaussons se séparent le plus nettement. La coque 3D de la Mastia récolte des avis quasi unanimes : « le meilleur talon jamais fait par Tenaya » pour l'un, une comparaison directe avec la Skwama pour l'autre, avec un système qui empêche l'affaissement sur les crochets puissants. Seul bémol récurrent : la coque est large, donc talon fin égale jeu possible.

La Miura VS s'en sort honorablement, 4,5/5 chez 99Boulders, la gomme de talon a été revue, mais plusieurs grimpeurs francophones la trouvent instable en talonnage. Ce n'est pas son métier.

Une voix discordante, et elle mérite d'être citée : un testeur italien trouve au contraire que le talon de la Mastia « glisse légèrement sous forte sollicitation » malgré le Friction Lock, et suggère de descendre d'une taille pour régler le problème. Ça recoupe le bémol des autres sur la largeur de la coque : ce talon est excellent s'il est à ta taille, quelconque s'il flotte. Raison de plus pour les essayer.

Confort, taille et rodage

Aucun suspense : la Mastia gagne. Elle est décrite comme « énormément confortable » malgré une compression réelle, grâce à la semelle rigide et au rand épais qui tiennent le pied au lieu de le serrer. Certains testeurs ont pu prendre leur vraie pointure pour la première fois de leur vie de grimpeur.

La Miura VS, c'est l'école ancienne : rodage douloureux, confort correct pour une heure de salle, pas plus. La récompense arrive après, quand le cuir se moule.

Côté pointures, compte 1 à 1,5 sous ta taille ville pour la Miura — le cuir se détend d'une bonne demi-taille, un grimpeur allemand en 43 ville chausse du 40,5-41. À peu près la même chose pour la Mastia, avec une réserve : plusieurs testeurs qualifient son chaussant d'imprévisible, et le synthétique s'étire quand même d'une demi-taille avec le temps. Essayage obligatoire.

Détail qui a son importance si tu achètes la version femme de la Miura VS : elle est montée en Vibram XS Grip2, plus tendre, et pas en XS Edge. Plus tolérante en adhérence, un cran en dessous sur la carre. Ce n'est pas le même chausson.

Durabilité : match nul, mais pas pour les mêmes raisons

Les deux ont leur point faible documenté.

Miura VS : les velcros. L 'usure des sangles au pli après six mois environ, languettes métalliques qui s'arrachent. La gomme qui s'use vite et le cuir qui se détend. Bonne nouvelle en face : le cuir se ressemelle très bien.

Mastia : le talon. Deux testeurs indépendants, l'un après deux mois, l'autre après trois, rapportent la même chose, la doublure ou le tissu de la coque de talon qui se décolle à la couture. Sans impact immédiat sur la performance, mais ça fait tache à ce prix-là.

Pour qui, concrètement

Prends la Miura VS si tu grimpes surtout du vertical technique sur calcaire, que tu vis sur les gratons et que tu acceptes de souffrir un peu. C'est un outil spécialisé, excellent dans son domaine.

Prends la Mastia si tu veux un seul chausson pour la salle, le bloc, la voie et les grandes journées, si tu talonnes beaucoup, si ton pied est un peu large ou si tu ne supportes plus le rodage à l'ancienne. Tu perds un demi-cran sur la carre, tu gagnes partout ailleurs.

Et pour une journée entière à Soyhières : la Mastia, sans hésiter. Une Miura au bout de la troisième longueur, ça devient un supplice.

D'où viennent ces avis

Rien ici ne sort d'une fiche produit. J'ai croisé des tests de grimpeurs et de médias indépendants en cinq langues, puis traduit et recoupé et j'y ai ajouté mon expérience personnel avec ces deux chaussons.